Question à Louis Gallois : Développer l’apprentissage

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Lors de la soirée Alès Audace du 12 décembre 2017, Louis Gallois, grand témoin de la soirée, a répondu aux questions des acteurs économiques du bassin d’Alès

 

Bruno Goubet, Directeur de l’Ecole des Mines d’Alès

Q- Comment peut-on changer l’image de l’apprentissage, notamment dans le supérieur ?

 

Louis Gallois, Grand Témoin

R- L’apprentissage marche très bien dans le supérieur et il contribue à valoriser l’apprentissage dans son ensemble donc c’est très important de le soutenir et de le promouvoir. Mais, même s’il y a un frein, essentiellement des parents, cette partie là est la plus facile.

Ce qui est plus compliqué, c’est l’apprentissage des niveaux 4 et 5, c’est-à-dire des personnes qui sont en lycée professionnel et qui veulent passer des CAP, BEP et aller jusqu’au BAC Pro.

Il y a 700 000 jeunes dans les lycées professionnels, il y en a 40 000 en apprentissage. Pour moi, l’une des clés, c’est l’éducation nationale. Il faut qu’elle achète l’apprentissage. Il faut donc d’abord que le Ministre y croie. Il faut ensuite que le corps enseignant de l’enseignement général soit convaincu, ce qui suppose un véritable marketing de l’apprentissage. Le jour où le corps enseignant sera convaincu qu’au bout de son cursus, l’étudiant qui a suivi un apprentissage a beaucoup plus de chance de trouver un emploi, on aura fait un très grand progrès.

J’ai été sidéré de voir une fiche de l’éducation nationale, où il y avait les souhaits, série générale, série technologique, etc… et un « autre dont apprentissage ». Vous imaginez aisément que pour les parents cela n’apparaisse pas comme la voix royale.

Il faut que les CFA s’installent dans les Lycées Professionnels ou qu’il y ait des accords entre eux. Mais il faut aussi tenir compte du fait qu’un enseignant est moins bien payé lorsqu’il fait des cours en apprentissage que lorsque qu’il fait des cours dans le général. Et cela me semble absolument anormal. Il va falloir regarder comment les enseignants en lycée pro sont motivés pour l’apprentissage.

Ensuite, c’est difficile d’être un apprenti. En règle général, vous êtes issu des milieux populaires, vous n’avez pas d’argent. Or, le lieu de l’apprentissage, le lieu du CFA et le lieu d’habitation de votre famille, ce sont 3 endroits différents. Il faut travailler sur les problèmes de transport, de logement, qui ne sont pas toujours résolus. C’est essentiel.

Puis il y a la recherche de stage. C’est difficile de devenir apprenti. J’ai réalisé des entretiens auprès de candidats à l’apprentissage lors d’un salon. On leur avait donné la liste des entreprises du CAC 40 en leur disant d’envoyer leur CV. Le CV d’un gamin, qu’est-ce que ça veut dire ? La seule chose qu’on remarque, c’est qu’il vient de Trembley en France, banlieue stigmatisée, qu’il a un nom qui ne sonne pas bien français, et s’il a une photo, il a une couleur qui n’est pas celle qui lui offre le plus de chance. Et qu’est-ce qu’on constate ? Qu’ils ne trouvent pas de stage d’apprentissage…

Il faut donc aider les jeunes à trouver des stages d’apprentissage. A 18 ans, vous ne connaissez pas les entreprises et si vous n’avez pas de relation, vous ne trouvez pas de stage. Je crois que c’est essentiel, notamment pour les stages dans l’industrie. Il faut aussi que les entreprises se mobilisent. Il y a par exemple 5000 entreprises de la métallurgie en région parisienne, et seulement 450 qui ont des apprentis.

J’ai dirigé une entreprise franco-allemande. Je peux vous dire que de l’autre côté du Rhin c’est autre chose. Toutes les entreprises ont des apprentis. C’est une culture.

Enfin, il va falloir arriver à faire fonctionner ensemble, le fameux triangle des Régions, des entreprises et l’éducation nationale. Ce triangle ne fonctionne pas bien. Il faut notamment que les branches professionnels aient leur mot à dire.

 

 

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